
Il émerge comme une évidence après cette journée passée ensemble que ce que nous observons aujourd’hui dépasse largement la seule question du vélo. Nous assistons à l’échelle nationale à un recul de nombreuses politiques de transformation et d’adaptation. C’est une faiblesse récurrente de l’action publique : les bénéfices des transformations structurelles se construisent dans le temps, alors que les contraintes du court terme poussent souvent à privilégier des résultats immédiatement visibles.
C’est d’autant plus regrettable que le vélo fait partie des rares politiques publiques dont les résultats sont à la fois rapides, mesurables et largement documentés. En quatre ans, la pratique du vélo a progressé de plus de 40 %. Nos villes s’apaisent, les usages se développent et l’envie de vélo n’a sans doute jamais été aussi forte en France. Le Baromètre vélo, comme l’ensemble des indicateurs dont nous disposons, le confirme année après année : la demande sociale est là.
Ce recul est difficile à comprendre tant le vélo constitue une réponse simple, peu coûteuse pour les finances publiques et efficace face à plusieurs des grandes urgences de notre époque.
Une urgence sociale et économique d’abord.
15 millions de personnes sont en situation de précarité liée à la mobilité. Chacun se souvient du mouvement des Gilets jaunes et de ce qu’il révélait de la dépendance à la voiture pour de nombreux ménages. Pouvoir se déplacer à moindre coût est devenu une question de pouvoir d’achat, mais aussi d’accès à l’emploi, aux études ou aux services essentiels.
Une urgence énergétique ensuite.
Face à la hausse des coûts de l’énergie et aux tensions sur les ressources, nous savons que l’électrification du parc automobile ne pourra pas constituer l’unique réponse. Elle ne sera ni accessible à toutes et tous, ni suffisante à elle seule. Le vélo apporte une solution immédiatement disponible, sobre et accessible pour les trajets du quotidien.
Une urgence sanitaire, silencieuse et dont la faiblesse des propositions politiques nous inquiète.
La sédentarité progresse et touche désormais l’immense majorité de la population. Ses conséquences sur notre santé collective sont considérables. Pourtant, les solutions existent. Le vélo n’est pas seulement un mode de déplacement : c’est un outil de santé publique, d’autonomie et de prévention. Il remet du mouvement dans nos vies, réduit les risques liés à la sédentarité et renforce la capacité de chacun à se déplacer librement. Alors quand chaque kilomètre parcouru à vélo génère un euro de coût social évité, la vraie question n’est plus de savoir si nous pouvons investir dans le vélo, mais si nous pouvons nous permettre de ne pas le faire.
C’est évidemment aussi une urgence environnementale.
Le secteur des transports reste le seul grand secteur dont les émissions ne diminuent pas. Peut-on réellement s’en satisfaire alors que nous venons de connaître un épisode de chaleur d’une précocité inédite pour un mois de mai ?
Mais peut-être est-ce là sa singularité : le vélo ne répond jamais à un seul défi.
Chaque euro investi produit des bénéfices multiples pour la santé, le climat, le pouvoir d’achat, la cohésion sociale, l’aménagement des territoires et la qualité de vie. Les résultats du programme Vélo Égaux, on l’a vu, en témoignent : 77 % des bénéficiaires de ce programme inédit estiment être en meilleure santé grâce à cette reprise d’activité physique. Plus remarquable encore, 73 % soulignent avoir créé de nouveaux liens sociaux grâce au programme. C’est toute la force du vélo : agir sur la mobilité, c’est simultanément agir sur la santé, l’inclusion sociale, l’autonomie et le lien entre les personnes.
C’est précisément pour cela que nous devons continuer à défendre cette politique. Non pas parce qu’elle concerne les cyclistes, mais parce qu’elle contribue à répondre à certains des défis les plus importants auxquels notre société est confrontée.
Laissez-moi mentionner une dernière urgence, celle démocratique.
Nos associations, socle central de la démocratie locale, sont aujourd’hui confrontées à des difficultés croissantes. La FUB elle-même a dû mettre en œuvre son premier plan de sauvegarde de l’emploi de son histoire. Cette situation n’est pas isolée. Elle touche l’ensemble du tissu associatif et de l’économie sociale et solidaire.
Pourtant, les associations constituent un amortisseur essentiel de notre société. Elles identifient les besoins émergents, expérimentent des solutions, maintiennent du lien social et accompagnent les publics que les politiques publiques atteignent difficilement.
Pensons aux oublié·es de la mobilité. Sans le travail quotidien d’associations comme Familles Rurales, le Secours Catholique et tant d’autres, les difficultés seraient encore plus importantes qu’elles ne le sont aujourd’hui.
Quand une association disparaît, le besoin social, lui, ne disparaît pas. Bien au contraire. Allons-nous attendre une nouvelle vague de contestation comme les gilets jaunes pour se dire « qui aurait pu prédire ? ».
Depuis plus d’un an, le secteur de l’économie sociale et solidaire alerte sur sa situation. La question n’est donc pas de savoir si nous pouvons nous permettre de soutenir le monde associatif. La vraie question est : qui paiera le prix de son affaiblissement ?
Si l’État ne considère plus les associations comme des partenaires stratégiques, mais comme une variable d’ajustement budgétaire, si les associations ne peuvent plus faire confiance à l’État qui retire des crédits déjà alloués, il sera très difficile voire impossible de répondre aux défis qui sont devant nous, surtout si les prochaines élections nous basculent en terrain inconnus. Et pour reprendre les mots du Mouvement Associatif et sa campagne en cours « les associations sont dans notre vie. Elles nous ouvrent au monde, nous apprennent, nous relient. Elles sont partout. Les associations font battre le cœur de la France. »
L’effacement des corps intermédiaires, des associations, de la parole du monde scientifique en cours aux États-Unis devrait nous alarmer et guider nos décisions d’aujourd’hui en France. Je ne peux pas faire l’impasse sur les attaques en cours contre l’ADEME, partenaire historique de la FUB que nous estimons énormément. L’ADEME produit des connaissances essentielles pour éclairer le débat écologique et démocratique dans les territoires, et nous souhaitons, à la FUB, lui apporter tout notre soutien.
N’hésitez pas à signer la pétition et à soutenir l’ADEME dans sa mobilisation, avec les moyens dont vous disposez.
Derrière chaque aménagement, chaque plan vélo, chaque évolution des pratiques, il y a des années de travail collectif entre associations, collectivités, services de l’État, agences publiques, chercheurs et chercheuses. Cette dynamique repose sur l’engagement de milliers de femmes et d’hommes qui, partout en France, construisent patiemment cette transition. Je souhaite leur rendre hommage et les remercier chaleureusement pour leur travail.
La Fédération des usagères et usagers de la bicyclette sera là. Nous continuerons à soutenir toutes les associations qui souhaitent agir localement. Nous continuerons à déconstruire les oppositions artificielles entre automobilistes, cyclistes, piéton·nes ou usager·es des transports collectifs. Nous ne voulons pas de ce récit qui nous met les uns, les unes contre les autres. Car notre objectif n’est pas de défendre un mode contre un autre. Notre objectif est de montrer tout ce que le vélo rend possible.
Nous serons solidaires. Nous serons présents et présentes. Nous continuerons à porter des arguments toujours plus solides, fondés sur les faits et les besoins, l’expérience et les résultats observés partout où le vélo progresse.
Comme dans nos ateliers aujourd’hui, nous allons continuer à déconstruire les clivages, à créer des nouvelles alliances, à enrichir nos argumentaires, à mutualiser nos idées et à perfectionner nos modes d’action, et à mieux nous comprendre pour être toujours plus efficaces.
C’est aussi cela, la mission de la FUB avec nos partenaires : porter la solution vélo aux présidentielles 2027.
Au nom de la Fédération, je vous remercie d’avoir été avec nous aujourd’hui.
Un remerciement tout particulier à la Ville de Bourg-en-Bresse et l’association Bourg Vélo Écomobilité (BVE) pour l’accueil, le ministère des Transports pour le soutien, les intervenants et intervenantes, l’équipe projet interne (DG, com, animation de réseau, plaidoyer) mais aussi les prestataires externes, Manon Loisel pour l’animation de la journée et Claire Marine Javary pour les contenus et le programme, et les animatrices des ateliers de cet après-midi.
Et rendez-vous l’année prochaine, avec, je l’espère, beaucoup de réussites à partager et de nouvelles victoires à célébrer ensemble.

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