Évocation de grands crimes en Touraine [texte de la balade à vélo]

 

Avant propos

Jusqu’au milieu du XIXème siècle, le palais de justice se trouvait en haut de la rue Nationale, à l’emplacement qu’occupait la bibliothèque jusqu’à sa destruction en 1940. La prison et la gendarmerie étaient intégrées dans le même bâtiment.
En 1836, le préfet d’Entraigues décide la construction d’un ensemble de bâtiments intégrant palais de justice, prison et gendarmerie. Devenue trop vétuste, la prison est vendue à l’Etat pour construire à la place la poste centrale, et elle est transférée, en 1934, rue Henri Martin. Les bâtiments de la gendarmerie sont revendus pour laisser place aux grands magasins actuellement encore présents. On aperçoit au 14, rue Etienne Pallu ce qui subsiste de la trésorerie de la prison.

 

 

Les instructions étaient d’une rapidité inimaginable aujourd’hui. Par exemple, Sébastien Mabilleau tue son épouse le 04 février 1861 ; sa condamnation par la cour d’assises intervient le 09 mars, et son exécution le 22 avril. Les condamnations étaient d’une grande sévérité, et une condamnation aux travaux forcés à perpétuité était l’équivalent d’une mort différée de quelques années.

Toutes les exécutions ont lieu, jusqu’aux années 1930 en public, devant les grilles de la prison, sur la chaussée du Boulevard Béranger.

Un vaste quadrilatère gardé allant de l’angle du Boulevard Béranger, place du Palais, rue George Sand et rue Marceau permettait d’éviter les débordements de la foule toujours très présente malgré l’heure matinale. Le condamné est réveillé avant l’aube, et conduit à l’échafaud en quelques minutes. Le plus souvent, le corps non réclamé par la famille est envoyé à l’Ecole de médecine.

 

1 / 87, Boulevard Heurteloup

Joséphine Polosse loue une chambre dans un modeste immeuble 87, Boulevard Heurteloup. Le 29 mai au soir, elle sonne afin que la propriétaire lui ouvre la porte, mais c’est la domestique de celle-ci qui lui ouvre. Elle lui demande de se hâter d’entrer, car elle doit partir définitivement. Les jours suivants, Joséphine trouve toujours porte close. Elle avise la police le 02 juin.

Dans la maison, on trouve le corps de la propriétaire pendu à l’escalier intérieur. Le vol est le mobile du crime. Les soupçons se portent sur la domestique, d’autant qu’elle a acheté la veille une bicyclette payée avec un billet de 500 F, ainsi que des bijoux et des robes. Elle passe rapidement aux aveux, et dénonce son complice, Victor Foucault, un individu très défavorablement connu à Tours et jusqu’à Paris. Il nie en bloc, mais on retrouve chez lui 3000 F dont il ne peut pas justifier l’origine. Le procès s’ouvre le 22 juin 1920 : Emilia la domestique est condamnée à 20 ans de travaux forcés, Victor Foucault à travaux forcés à perpétuité, qu’il effectuera à Cayenne.

 

2/ 29, rue du cygne

Le 13 avril 1924, Suzy, 25 ans consomme au café Gautry rue de la Scellerie avec un ouvrier étranger, client de passage. Tous deux se dirigent ensuite vers la chambre qu’occupe Suzy au 29 rue du cygne, où elle va accomplir son métier contre 20 F.
Au bout d’une heure, le client demande à la propriétaire de lui ouvrir la porte afin de sortir de l’immeuble. Intriguée par le comportement de l’individu, et étonnée de ne pas voir redescendre sa pensionnaire, celle-ci monte à l’étage et trouve Suzy étendue nue en travers de son lit, portant des marques de strangulation et de profondes blessures sur tout le corps. Elle a cessé de vivre.
On retrouve facilement la trace de Francisco Zeiro. Il commence à nier, mais lors d’une perquisition dans sa chambre toute proche, on retrouve des objets volés chez Suzy : bagues, alliance, collier, montre… Il passe rapidement aux aveux. Il soutient qu’au moment de régler la prestation, Suzy se serait emparée d’un billet de 50 F dans son portefeuille. Une lutte s’en serait suivie, et fou de colère il saisit la victime à la gorge et l’étrangle.
Le procès à lieu le 26 juin 1924. Le légiste indique que ce n’est pas la strangulation qui a causé la mort, mais des coups de couteau qui ont touché la colonne vertébrale. Zeiro est condamné à mort et exécuté le 19 septembre à 6h00 précises.

 

3/ rue Jules Moineaux

Le matin du 04 février 1927, à 6h00, Charles Rémondet se rend à son travail à la compagnie du PO. Il aperçoit dans un renfoncement de la rue Jules Moineaux une couverture de laine roulée en boule. Il y découvre le corps sans vie d’un enfant de quelques mois. Il avise le commissariat de quartier tout proche.
L’enfant était correctement vêtu, mais ses brassières trop serrées l’ont empêché de se prémunir naturellement du froid. Il est évident que la mère qui l’a abandonné a voulu trop bien faire. Elle l’a de plus laissé dans une rue où elle savait que de nombreux travailleurs passent de bon matin.
Un appel lancé dans la presse régionale porte ses fruits : le 7 février, le maire de Montrichard informe que l’auteur de l’abandon pourrait être Germaine Seguin jeune tourangelle domiciliée dans sa ville depuis un an.
La jeune femme, tout juste âgée de 21 ans aurait voulu cacher à son nouveau compagnon la présence de cet enfant, devenu encombrant, issu d’une précédente liaison avec un compagnon qui l’a abandonnée dès qu’il a eu connaissance de sa future paternité. Elle a pris le train pour Tours le 3 février, et après avoir nourri l’enfant, l’abandonne et repart pour Montrichard, où elle arrive à l’heure à laquelle on retrouve son enfant.
Poursuivie pour abandon d’enfant, elle comparaît le 29 juin 1927. L’avocat, maître Chautemps, retrace la vie misérable de l’accusée, donne lecture d’une lettre du directeur de la maison des enfants assistés où elle a passé son enfance, et qui constitue un véritable plaidoyer en sa faveur.
L’avocat conclut : « j’en appelle à l’indulgence des jurés, le véritable auteur, c’est ce père qui par lâcheté a abandonné mère et enfant dans la misère ». Ses arguments sont entendus, Germaine Seguin est acquittée.

 

4/ 12, Quai Paul Bert

Le 14 juin 1911, on découvre 12, quai Paul Bert le cadavre d’Henri Guillotin, riche propriétaire à Ruillé sur Loire, tué de 2 balles dans la tête.
Il est arrivé à Tours le 12 au soir, et après avoir dîné au Faisan, il est rentré dans l’appartement qu’il loue pour ses affaires à Tours. Rapidement, les soupçons se portent sur Paul Houssard, cousin de Mme Guillotin. Il proteste énergiquement, mais il est arrêté le 6 juillet au vu des charges qui pèsent contre lui. Il a acheté quelques jours avant le drame un revolver et des balles semblables à celles du crime. De plus, Mme Guillotin confie que Houssard a déjà voulu empoisonner son mari à 2 reprises. Il ressort de l’instruction que Houssard a voulu se débarrasser du mari gênant afin d’épouser sa riche cousine.
Le procès s’ouvre le 26 juin 1912. Houssard est condamné à 20 ans de travaux forcés, et fut dirigé vers l’Ile de Ré, où il occupa le poste de bibliothécaire du pénitencier. Peu après, sa peine fut commuée en 20 ans de prison à Melun. Libéré en 1927, il revient s’installer à Luynes, où il mourût en 1960.
Personne ne voulût habiter la maison du crime, et le propriétaire obtint 6 000 F de dommages et intérêts. C’est Sacha Guitry qui la réhabilita en en faisant quelque temps sa résidence de campagne. On le voyait alors déclamer ses rôles sur le balcon.

 

5/ 27, Boulevard Béranger

Le 30 avril 1903, la serveuse du café des boulevards prend son service à 06h00. Elle pousse la porte restée entrouverte et trouve la salle en désordre. Elle entend des plaintes derrière la porte des toilettes et trouve sa patronne gisant dans une mare de sang. La malheureuse réussit à prononcer quelques mots «  c’est le garçon de café qui m’a frappée ».
Les autorités sont avisées et la victime est conduite à l’hôpital St Gatien. Elle parvient à donner les détails de son agression. La veille, à 23h00, elle ferme son établissement. Après avoir pris la recette dans le tiroir-caisse, importante en ce jour de paye, elle se retrouve face à son serveur qui armé d’un couteau se jette sur elle. Il frappe entre les épaules. La malheureuse parvient à se dégager et s’enfuit dans l’arrière-cour. Son agresseur le rejoint et frappe encore. Persuadé que sa victime est morte, il s’empare de la recette et monte à l’appartement où il s’empare de bijoux. La victime dont l’état est très grave a reçu 15 coups de couteau.
Le coupable est activement recherché. C’est un homme de 18 ans, nommé Alphonse Lair. Il a été vu prendre le train, mais on ne sait pas dans quelle direction.
Finalement réfugié chez un cousin à Orléans, il se constitue prisonnier le 05 mai. Son procès s’ouvre le 24 septembre 1904. Le témoignage de Mme Lebel qui a survécu sera capital. Alphonse Lair est reconnu coupable, avec cependant des circonstances atténuantes ; il est évident qu’il s’est laissé entraîner par des complices restés introuvables. L’accusé est condamné aux travaux forcés à perpétuité, par décret du 19décembre 1906 le président de la république commue la peine en 20 ans de travaux forcés.

 

6/ 173, rue d’Entraigues

Monsieur Clément est un rentier âgé de 75 ans que son état de santé oblige à garder en permanence un infirmier, Jean-Baptiste Corbin près de lui. Celui-ci partage avec M. Clément un appartement au rez de chaussée de la maison dont il est propriétaire, l’étage est occupé par la fille de M. Clément et une autre locataire.
Le dimanche 19 août 1900, après une journée passée à la campagne, Denise Clément est étonnée de trouver la porte de la maison ouverte. Elle appelle son père, sans réponse, puis M. Corbin, sans plus de succès. Prise d’un pressentiment, elle cherche du secours dans la rue. Personne n’a vu le père ni le domestique de la journée. Deux courageux voisins entrent dans le corridor, traversent la chambre de M. Corbin, puis arrivent dans celle de M. Clément. Celui-ci gît sur son lit, couvert de sang, la tête fracassée. Le meurtrier s’est acharné sur M. Clément avec une violence inouïe. L’arme du crime, un gros marteau, est retrouvée sous le lit. Les enquêteurs ouvrent le secrétaire de la victime qu’ils trouvent vidé de son contenu (3 à 4000 F en valeur et pièces d’or, selon sa fille). Les soupçons se portent sur Jean-Baptiste Corbin, qui a disparu. Son signalement est envoyé de tous côtés, ainsi que les numéros des titres dérobés.
On apprend l’arrestation du coupable le 22 août à Paris. Comme souvent, le criminel s’est trahi en se vantant de ses exploits et en payant ses dépenses avec de grosses pièces d’or. Il est reconduit à Tours où son procès a lieu à partir du 19 juin 1901.
Pas moins de 22 témoins vont se succéder. Les questions du Président se bornent surtout à savoir si Corbin avait au préalable présenté des troubles mentaux comme il le prétend. Peine perdue, les experts médicaux le déclarent responsable de ses actes.
Après quarante minutes de délibération, le jury revient avec l’accusation de meurtre sans préméditation. Corbin risquait la peine de mort, il est condamné aux travaux forcés à perpétuité à Cayenne.

 

7/ 77, rue Lakanal

Le 12 juillet 1950, on découvre au bord d’un champ de Ballan-Miré le corps de Marguerite Dupuy, 38 ans, épicière au 77, rue Lakanal.
Le 16 juillet est arrêté dans un café Jean Albert Giraudeau. Il est né à Tours en 1923. En 1943, il a déjà été condamné pour vols, escroqueries, outrages à la pudeur. En outre, le tribunal de La Rochelle l’a condamné à 5 ans de réclusion pour activités dans la Milice. Il est libéré en 1949 et s’installe comme marchand de primeurs. Mais peu courageux et inexpérimenté, il fait de mauvaises affaires et, en 1950, accumule déjà 375 000 F de dettes ; en avril 1950, il encontre Marguerite Dupuy, qui est une cliente, et devient son concubin en juin. Elle lui aurait laissé comprendre qu’elle ne serait pas hostile à un mariage, ce qui le sortirait de l’ornière car la situation de la commerçante est avantageuse.
Le 7 juillet, au cours d’une promenade dans la camionnette de livraisons, la discussion s’engage sur le projet de mariage auquel Georgette semble ne plus tenir. Au cours d’un arrêt, fou de déception, Giraudeau s’empare de la manivelle de son véhicule et frappe la malheureuse, et laisse son cadavre dans le fossé.
Il retourne rue Lakanal, fouille l’appartement, s’empare de 200 000 F, et avant de repartir dépose un panonceau sur le rideau du magasin : « fermé pour 15 jours de vacances ».

Aux assises, à partir du 15 mars 1951, il est impassible et cynique. Le procureur a beau jeu de retenir la préméditation, les défenseurs argumentent le dérèglement psychique. Après vingt minutes de délibération, les jurés reviennent et la peine de mort est prononcée. Un recours en grâce est obtenu et transforme la peine capitale en travaux forcés à perpétuité.

 

 

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